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The Pain Cave : et si on se lançait sans savoir pourquoi ?

Le récit inspirant de Rafael Hidalgo sur l'UTMB.
14 novembre 2024 par
The Pain Cave : et si on se lançait sans savoir pourquoi ?
Jérémy Tissot BAOUW

Il y a des projets qu'on n'arrive pas à justifier. Pas de plan de carrière, pas de palmarès à prouver, pas même une bonne raison à donner à ses proches. Juste un truc qui tire, sans qu'on sache d'où ça vient.

C'est ce qui est arrivé à Rafael Hidalgo. Père de famille, marié, vingt ans de finance internationale derrière lui, aucun passé de coureur, aucun bagage d'athlète de haut niveau. Et pourtant, en pleine période Covid, il s'inscrit à l'Ultra-Trail du Mont-Blanc : cent miles, trois pays, plus de dénivelé positif que l'Everest. Il ne pouvait l'expliquer à personne. Pas même à lui-même.

De cette course est né « The Pain Cave », un récit qui suit, pas à pas, le parcours de l'UTMB, de Chamonix jusqu'à l'arrivée, en passant par Courmayeur, Champex-Lac et tous les cols qui finissent par mettre un coureur face à lui-même. Catherine Poletti, co-fondatrice de l'UTMB, en signe la préface.

Rafael Hidalgo n'avait rien à prouver à personne. Pas de record à battre, pas de sponsor à satisfaire, pas de discours tout prêt à servir en interview. Juste cet appel, qu'il a suivi sans trop savoir où il menait et qui l'a emmené beaucoup plus loin que cent miles de sentier.

C'est cette histoire-là qui nous parle : celle de quelqu'un d'ordinaire qui va chercher dehors, dans l'effort et l'inconfort, ce que le quotidien ne donne pas. On la retrouve chez tous ceux qui partent courir un col un dimanche matin sans savoir pourquoi ce jour-là plutôt qu'un autre, chez ceux qui s'inscrivent à une course qui les dépasse un peu, chez tous ceux pour qui la montagne est moins un décor qu'un endroit où on se retrouve. Rafael Hidalgo n'est pas différent d'eux. Il a juste écrit ce qui se passe quand on va au bout.

On avait envie d'en savoir plus sur ce qu'il en retient aujourd'hui. On lui a posé la question directement.

Questions à Rafael Hidalgo

Tu n'avais ni le profil ni l'expérience pour l'UTMB : qu'est-ce qui, concrètement, t'a empêché de renoncer ?

Je n'étais pas coureur et je n'aimais même pas particulièrement courir. Pourtant, après avoir vu un film sur la Leadville 100, quelque chose s'est réveillé en moi et m'a attiré vers l'UTMB.

Je ne savais pas vraiment pourquoi. Je sentais seulement, quelque part au fond de moi, que je devais aller dans cette direction, précisément parce qu'elle semblait impossible. L'incertitude, le risque d'échouer et l'aventure m'enthousiasmaient davantage que la perspective d'une performance.

La difficulté n'était pas l'obstacle : elle était l'aimant.


Le titre parle de commencer par le "où" plutôt que le "pourquoi" : qu'est-ce que ça change dans la façon d'aborder un projet, sportif ou non ?

« Pourquoi fais-tu l'UTMB ? » était la question que tout le monde me posait, et je n'arrivais jamais à y répondre de manière convaincante. Je pouvais évoquer l'aventure, la beauté des montagnes, une association ou mes enfants, mais ces réponses me semblaient construites après coup pour rationaliser quelque chose qui m'avait déjà saisi et que je ne comprenais pas encore.

On nous répète souvent qu'il faut commencer par notre « pourquoi ». Mais c'est peut-être la question la plus difficile qui soit : quelle est la raison d'être de ma vie ? Nous cherchons alors une réponse parfaitement articulée, comme si notre raison d'être devait d'abord être comprise intellectuellement avant de pouvoir être vécue.

L'UTMB m'a appris que le mouvement se produit souvent dans l'autre sens. Certaines destinations captent d'abord notre attention, éveillent notre enthousiasme et refusent de nous laisser tranquilles. Nous ne savons pas encore pourquoi elles comptent, mais quelque chose en nous reconnaît une direction. Le « où » vient avant le « pourquoi ».

En regardant ma vie, j'ai retrouvé le même fil dans des rêves qui semblaient pourtant très différents : devenir pilote de chasse, pilote automobile, chasseur de tornades, ultra-traileur, entrepreneur ou auteur. Leur point commun n'était pas une profession particulière, mais l'exploration, l'aventure et l'appel de ce qui semblait difficile ou incertain. Chacune de ces destinations révélait une facette du même élan profond.

Commencer par le « où », ce n'est donc pas abandonner la raison. C'est cesser d'attendre d'avoir intellectuellement résolu le sens de notre vie avant de commencer à avancer. C'est faire confiance à ce qui résonne profondément en nous, comme nous savions le faire lorsque nous étions enfants, puis laisser le chemin, l'effort et l'expérience nous révéler progressivement pourquoi cette direction comptait autant.

 

Qu'est-ce que la "pain cave" t'a appris sur toi que vingt ans de finance ne t'avaient jamais appris ?

La pain cave m'a appris que le bonheur profond ne réside pas uniquement dans le confort, le plaisir, la sécurité ou la certitude. Il se forge dans l'effort nécessaire pour avancer vers ce qui nous inspire profondément.

Nos rêves et nos objectifs sont comme les cailloux du Petit Poucet : ils ne sont peut-être pas notre finalité ultime, mais ils nous indiquent la direction dans laquelle notre raison d'être peut se révéler.

En quittant notre zone de confort, en affrontant volontairement les difficultés et en poursuivant l'aventure malgré l'incertitude, nous découvrons un potentiel qui serait autrement resté enfoui. Sans dragon, il n'y a pas de trésor.

Comme le dit l'ancienne formule alchimique : In sterquiliniis invenitur, c'est dans ce que nous préférerions éviter que se trouve souvent ce que nous cherchons.

 

Où trouver le livre

« The Pain Cave » est disponible sur rafael-hidalgo.com